Tanger la lumineuse

Tanger la lumineuse

Premier contact avec le Maroc, Tanger, située sur un’ amphi¬-théâtre naturel, regarde l’Europe. Faut-il voir dans le futur tunnel du Détroit de Gibraltar un clin d’œil à Hercule, à l’origine, selon la légende de la séparation de l’Afrique et de l’Europe? A Tanger, mythes et légendes se bousculent.
La ville doit son nom à Tinga, épouse d’Antée, fils de poséïdon, dieu de la mer et de Gaia, la terre … Au XXème siècle, les écrivains Paul Morand, Paul Bowles,Joseph Kessel, Tahar Benjelloun, qui évoquent la ville ou s’en inspirent, contribuent à entretenir la légende.

Ici la nature fait de l’art: Matisse, dont la célèbre fenêtre – « Vue de la fenêtre » – de l’hôtel Villa de France restera toujours ouverte sur la baie de Tanger, exporta le mythe jusqu’à Moscou où est conservé le tableau. Rêve d’Orient pour certains, témoignages picturaux de missions diplomatiques, (Delacroix, Van Rysselbergh), découverte d’une nature « fau¬ve » pour d’autres (Van Dongen), Tanger retient l’œil et suscite l’écriture. Est-ce son cosmopolitisme qui charme tant?
La ville des diplomates
Ce ne sont pas les plages de sable, si appréciées de nos jours, mais le site portuaire exceptionnel qui attira Phéniciens, puis Romains: ils en firent la capitale de la Maurétanie tingintane. Les dynasties arabes qui se succédèrent l’utilisèrent comme étape majeure vers l’Espagne andalouse. Tanger connut deux siècles de domination, portugaise et espagnole, avant d’être offerte en dot par Catherine de Bragance à son époux Charles II d’Angleterre en 1661.

Dès la fin du XVII éme siècle, le sultan Moulay Ismail reconquiert Tanger et fait construire un palais et une mosquée. Le cosmopolitisme deviendra une réalité lorsque le sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah y encouragera le transfert des consulats situés dans différentes villes marocaines. Son argument est de taille: il offre les plus belles ,..demeures aux consuls européens …
Tanger devient une capitale diplomatique et compte dix consulats en 1830. Parmi les nations traditionnellement représentées, signalons les Etats-Unis d’Amérique, dont le Maroc reconnait l’indépendance dès 1777. Le sultan offre une demeure à la légation américaine qui l’occupera jusqu’en 1961, date à laquelle elle l’abandonne pour un bâtiment plus moderne. L’ancienne légation est aujourd’hui un musée.
La ville cosmopolite

De 1912 à 1960,Tanger bénéficie du statut de « ville internationale » : les avantages fiscaux attirent alors les commerçants et aventuriers de tous bords. Voilà qui renouvelle l’inspiration des écrivains attablés aux cafés du petit Socco ou de la Place de France …

De grands immeubles, dont l’esprit 1900 est assagi par la sobriété de l’art islamique, voient le jour avenue des Forces Armées Royales. Mosquées, synagogues, églises: des lieux de culte de toutes confessions marquent cette présence internationale. L’église anglaise Saint Andrews, identifiable dans la toile de Matisse, est une visite à ne pas manquer: un « Pater noster » Y est calligraphié en arabe.

Parmi les curiosités, le Gran Theatro Cervantes, construit en 1913, est le cadeau d’un Espagnol à son épouse: des céramiques aux volutes très 1900, sur une façade déjà Art Déco … Caruso n’y chante plus, mais le théâtre est en cours de restauration. Outre les anciens consulats, les demeures de rêve, telle que celle commandée par Walter Harris, jadis correspondant du Times, foisonnent. Des Rolling Stones à Elisabeth Taylor, le « casting » des hôtes de cette ville est impressionnant. Le cinéma ne délaisse pas Tanger: en témoigne « Un thé au Sahara », adaptation filmée par Bernardo Bertollucci du roman de Paul Bowles.
Du petit Socco, évoqué par l’écrivain Mohamed Choukri dans « Le Pain nu » , à la médina colorée de Tags, sans oublier les paysannes du Rif vêtues de la fouta, tenue blanche rayée de rouge, la rue est aussi un spectacle. Tanger la lumineuse exerce toujours son pouvoir de séduction. Tanger, entre Afrique et Europe ; Tanger entre terre et mer, entre Atlantique et Méditerranée, entre vert et bleu …

Le sable miraculeux de Merzouga et Figuig

Le sable miraculeux de Merzouga et Figuig

Pour le moins insolites, les cures de bains de sable constituent une curiosité bien réelle du Royaume du Maroc.
A Merzouga et Figuig, le phénomène peut être comparé à un tourisme de santé original.

Hormis les amoureux inconditionnels du désert, rares sont les voyageurs qui s’aventurent dans le Sud Marocain durant les mois caniculaires de juillet et août. Néanmoins, depuis plusieurs années, des touristes d’un genre particulier n’hésitent pas à braver la chaleur pour bénéficier de cures insolites. Ainsi, Merzouga et Figuig sont littéralement envahis par ces singuliers curistes. Si l’action salutaire des bains de sable est renommée depuis plusieurs décennies, elle demeurait cependant marginale. Seuls quelques habitués faisaient le déplacement, et le bouche à oreille était l’unique publicité. Mais dès lors que les médias se sont intéressés au phénomène, « intérêt s’est accru et aujourd’hui près de 7 000 curistes convergent vers les dunes de Merzouga et 3 000 vers celles de Figuig.

Ces cures ont lieu exclusivement durant les mois de juillet et août et accueillent majoritairement des nationaux. Cela dit, les étrangers sont de plus en plus nombreux à tenter l’expérience et à la renouveler, afin de soigner leurs rhumatismes. Certes, on peut toujours émettre quelques doutes quant à l’efficacité de ce type de cures. Néanmoins, force est d’admettre que si des milliers de personnes se rendent spécialement à Merzouga et Figuig pour guérir ou apaiser leurs maux; c’est sans doute que les résultats sont probants.

Aux pieds des dunes, plusieurs personnes vous le confirmeront. Des cas quasi désespérés auraient même été « sauvés » par les bienfaits du sable de Merzouga et de Figuig. L’erg est chargé de cristaux, lesquels sont de bons conducteurs de chaleur. Il renferme aussi 20% d’eau. Cette-nature particulière en fait un sable miraculeux. Des médecins encadrent les patients: Ces derniers vont prendre leurs bains lorsque le soleil est au zénith. On prend alors le pouls du curiste. Si aucune insuffisance cardiaque, ni aucune contre-indication particulière ne sont détectées, le spécialiste prescrira le nombre de bains nécessaires, ainsi que leur durée. Ainsi, les cures peuvent comprendre deux bains quotidiens, durer de 1 à 15 minutes et s’espacer sur une période de 3 à 15 jours.

Entre midi et quatorze heures, ils sont donc des centaines à s’immerger en maillots de bain dans le sable miraculeux durant le temps prescrit au préalable. En position allongée, ils restent plongés dans les dunes, un parasol au-dessus de la tête, tout en ingurgitant beaucoup d’eau minérale. Une fois la séance terminée, des aides ¬soignants improvisés retirent le patient du sable, puis lui jettent une épaisse Couverture de laine sur les épaules, et le conduisent vers un endroit ombragé. Totalement emmitouflé, le curiste patiente alors une demi-heure, jusqu’à ce que son corps qui a beaucoup transpiré soit intégralement sec. Ensuite, il se dirige vers des cabines de’ douche spécialement aménagées et renouvellera l’expérience une heure après, ou le lendemain.
Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il a engendré un véritable essor économique (location chez l’habitant, campements, hôtels..).
On peut même parler de tourisme de santé. Toutefois, il faudrait sans doute que des scientifiques rigoureux se penchent sut cette curiosité, afin de la développer selon les standards idoines. Mais le risque serait de voir la beauté et le silence du désert, remplacés par le vacarme et le béton. Dans tous les cas, le désert n’a pas fini de nous étonner … On y pratique aussi le ski et le golf!

My Idriss Zerhoun: une ville sainte

My Idriss Zerhoun: une ville sainte

Il ne fait aucun doute que la ville de My Idriss Zerhoun constitue, avec ses monuments, son sanctuaire, son tissu urbain traditionnel et son patrimoine oral, l’une des plus remarquables médinas du Maroc, voire de l’Occident musulman.

Située à l’est de la ville antique, Volubilis, et au nord-ouest de la ville impériale Meknès, My ldriss Zerhoun se présente au visiteur comme une citadelle du Moyen Age perchée à flanc du jbel Zerhoun (Montagne ne dépassant pas, dans sa majeure partie, 1200 mètres d’altitude et qui, malgré son accès difficile, a fait l’objet d’une grande attraction humaine grâce à la richesse de son sol et l’abondance de ses sources d’eau).

À l’origine, la ville a reçu son nom en mémoire du Roi My Idriss 1ere fondateur de la dynastie Idrisside au
VIII’ siècle et qui y fut inhumé. Ce « Chérif », descendant de Ali Ibn Abi Talib et de Fatima, fille du Prophète Sidna Mohamed, en s’échappant de la péninsule arabe pour fuir les Abbassides (famille régnant au Moyen Orient à l’époque), vint séjourner à Walila, ex-¬Volubilis, où il fut accueilli par la tribu Amazigh de Awraba et proclamé, en 788, Imam et Émir (prince). ldriss, par sa sagesse et le savoir-faire de son compagnon Sidi Rachid ainsi que le soutien de ses disciples, se rendit maître, en peu de temps, d’une grande partie du Maroc. Il prêcha l’islam et y frappa sa monnaie, le dirham ldrisside, vrai signe de la nais¬sance d’un état islamique au Maghreb, indépendant des Abbassides d’Orient.

Selon la légende, My ldriss finit ses jours tragiquement puisqu’il fut empoisonné par un émissaire de son rival et khalifa abbasside, Haroun Arrachid.
Selon les écrits et les faits, My ldriss fut enterré dans un refuge « Khaloua » hors de Volubilis, qui est l’actuelle My tdrlss Zerhoun.
Depuis son inhumation, on ne prêtait pas une grande importance à l’emplacement de son sanctuaire.
Ce n’est qu’en 1318 qu’un événement majeur a pu redonner vie à ce lieu. Il s’agit de la découverte du corps de My ldriss, intact dans son linceul. Ce fut alors le rayonnement du culte de My ldrlss et le développe¬ment inopiné d’une localité longtemps oubliée et marginalisée: My ldriss Zerhoun.
On procéda alors à la rénovation du sanctuaire de My ldriss et de ses dépendances et l’on assista à l’arrivée de pèlerins venant de toutes les régions du Maroc pour demander la bénédiction du Chérif et participer aux moussems (grandes fêtes religieuses).
Lors du règne des Alaouites, le grand monarque My Ismail ordonna, en 1719, l’agrandissement du sanctuaire de My ldriss ainsi que de ses dépendances, et encouragea l’institutionnalisation du rite de celui-ci. On porta aussi sous son règne et sous les règnes des monarques qui lui succédèrent un grand intérêt à la ville tout entière en y édifiant enceintes, portes monumentales, médersas (Écoles coraniques), fondouks (Caravansérails), hammams (Bains publics), ainsi que des constructions domestiques et commerciales (Résidences, commerces .. J.
La médina de My ldriss Zerhoun devint alors un pôle d’attraction religieux et économique et l’on y célébra chaque année deux moussems, celui des chorfas Alawyines et celui des chorfas idrissides de Fès.

la ville de My Idriss Zerhoun, malgré la grande urbanisation de la deuxième moitié du xx• siècle jugée maladroite, a pu conserver son cachet de ville sainte et l’authenticité de son patrimoine oral lié à son sanctuaire.

Ainsi, tout visiteur qui aura la chance d’assister à son moussem ne cessera de se rappeler comment le cortège de pèlerins vint, accompagné de chants et de danses des confréries Aissawas, Hmadchas et autres, présenter des offrandes au Chérif et procéder à la pause, sur son tombeau, d’une magnifique housse (Kasswa) toute brodée de fils d’or.
Il gardera en mémoire le Souvenir des ruelles étroites d’une ville moyenâgeuse qui eut le privilège d’être citée dans les annales de grands historiens tels que Ibn Abi Zara’ (X/V) et An. naciri (XVIII) ainsi que dans les récits de grands voyageurs tels que léon l’Africain in « Description de l’Afrique» et Marmol Carbajal in « Ifriqia » et qui figure également dans les tableaux de grands peintres tel que Majorelle.
Il ne pourra oublier la saveur des confiseries traditionnelles de Fès (Nougat) et le moment de plaisir de la dégustation d’un bon thé à la menthe servi dans l’un des cafés maures de la grande place de My Idriss Zerhoun.

Les eaux minérales au Maroc

Les eaux minérales au Maroc

Le Maroc est un pays béni des dieux où semblent réunis tous les paysages de la terre : plages, forêts, montagnes
et désert. Si son sous-sol renferme de multiples richesses minières, le plus précieux des trésors jaillit des contreforts du Moyen-Atlas. Des entrailles de cette région bondissent des eaux minérales et thermales aux vertus sans pareilles,
aux orlgmes très anciennes, en rapport avec le lointain passé volcanique de la région.

En effet, une double manifestation éruptive a fait du moyen-Atlas le château d’eau hydrothermal du Maroc, aux sources nombreuses et réputées, déjà reconnues par les Romains. On distingue un volcanisme très ancien, de la fin de l’ère primaire, et un volcanisme plus récent, de la fin du tertiaire. Les eaux se forment très loin sous la surface, par réaction entre les roches en fusion du magma et remontent poussées par les bulles de gaz carbonique entre les failles des schistes et des granites. Ces eaux, élaborées par des laves en fusion, sont exceptionnellement pures et protégées de toute pollution.

La source de Lalla Haya

Trois sources se partagent les faveurs des consommateurs marocains. Trois eaux de qualités différentes et complémentaires, dont une eau gazeuse et deux eaux plates. Deux sources sont situées près de Tiflet, sur la route de Meknès et la troisième à Fès.
Le massif de Zaïan, d’une altitude de 1l00m, à l’ouest du Moyen Atlas, voit naître les eaux d’Oulmès et de Sidi Ali.
Oulmès : eau juvénile et hypogène qui jaillit à 42,8 degrés à la source « LALLA HAYA ». La source se trouve sur les rives de l’oued Aguennour, à 552 m d’altitude, au pied du plateau de Tarmilate et du massif de Zguit. L’Oued Aguennour coule au fond d’un véritable canyon et la descente vers la source en jeep 4×4 laisse un souvenir impé-rissable, avec 700 m de dénivelé et des vi¬rages en épingle à cheveux au bord du pré¬cipice.La source jaillit dans une région très boisée, où l’on trouve une forêt de chênes¬liège centenaires, dominée par le bleu foncé majestueux des pics Layachi et Toutabal. Oulmès est particulièrement riche en gaz carbonique et en oligo-éléments. C’est une eau aux vertus exceptionnelles : seule eau gazeuse naturelle de tous les pays arabes, diurétique, reconstituante et énergétique, grâce à la présence de calcium, de magné¬sium, de sodium, de potassium, de lithium, de fluor et de fer. Ses propriétés thérapeu¬tiques la recommandent pour traiter les af¬fections intestinales et hépatiques, l’anémie et l’arthristisme. Oulmès existe depuis 1933, époque où son site fut destiné à deve¬nir le Vichy marocain.

Mais réaliser un complexe de thermalisme à Oulmès nécessiterait d’énormes investisse¬ments, car la source est située au fond d’un vallon encaissé, d’accès très difficile. De plus, l’embouteillage est réalisé à 7 km du site ; or la loi exige que le thermalisme soit appliqué à la source.
Une forme très agréable de thermalisme existe toutefois sur le site de la source : des baignoires taillées dans le roc où l’on peut se prélasser dans une eau à la température du corps.
Dans les années 50, un médecin français y appliquait même des bains de boue prélevée autour de la source.
Un magnifique hôtel de 46 Chambres est installé près du site de la source, et la proche région favorise la chasse, la pêche, de nombreuses promenades à pied ou à dos de mulet.
Le même massif du Zaïan donne naissance à l’eau minérale de Sidi Ali exploitée de¬puis 1977. C’est une eau non ga-zeuse, qui jaillit à 18,5 degrés. Très peu minéralisée, elle est destinée à être consommée comme une eau de table quotidienne. Parfaitement adaptée aux ré¬gimes sans sels, utilisée pour le coupage des biberons, elle est aussi, par excellence, l’eau des nourrissons et des très jeunes en¬fants.
Les eaux d’Oulmès et de Sidi Ali sont ex¬ploitées par la même société et leur produc¬tion cumulée a atteint 512 000 hectolitres en 1991, dont 82.000 pour Oulmès et 430.000 pour Sidi Ali.
La troisième source marocaine se trouve plus au Nord, toujours dans le Moyen Atlas, à 10 km de Fès. Déjà connue des Romains, inventeurs du thermalisme, Sidi Harazem, alors appelée khalouane, fut décrite dans les chroniques de Scipion l’Africain.
Plus tard, au 8ème siècle de l’Hégire, le Sultan mérinide Abou Hassan Ali édifia le therme à coupole encore intact aujourd’hui, à côté des palmiers géants dont les racines plongent dans l’eau thermale.

Un établissement thermal au cœur d’une oasis

Aujourd’hui, le site offre l’aspect d’une station de cure comprenant un établissement thermal et un hôtel avec piscine et terrain de sports, dans le cadre agréable d’une oasis. Sidi Harazem est une eau non gazeuse, chlorurée sodique, où les ions-alcalino-ter¬reux prédominent, ainsi que le sodium.
Les caractéristiques de Sidi-Harazem la recommandent pour le traitement des maladies des reins et des voies biliaires, la gout¬te, l’uricémie et l’hypercholestérolémie, et les affections hépatiques.
Une cure de Sidi Harazem est indiquée si l’on recherche un effet d’élimination ou de diurèse. De plus, Sidi Harazem peut servir à la consommation courante comme eau de table. Par comparaison avec l’eau de Sidi Ali, elle a une saveur légèrement salée. L’usine d’embouteillage est installée à plus d’l km de la source de Sidi Harazem qui a produit 330.000 hectolitres en 1991.

Le thermalisme au Maroc, exploité depuis le début de ce siècle, remonte en fait à la plus haute antiquité.
Comme souvent au Maroc, l’alliance de la tradition et de la modernité donne les meilleurs résultats. Ainsi les consommateurs marocains et étrangers ont le choix entre trois eaux aux propriétés différentes et complémentaires, avec la possibilité de s’adonner aux bienfaits du thermalisme. Loin de l’image traditionnelle d’un pays chaud et sec, les eaux minérales apportent une preuve supplémentaire de l’immense variété des potentialités du Maroc .

La Casbah de Mehdia Une mémoire qui résiste au temps

La Casbah de Mehdia Une mémoire qui résiste au temps

Aux abords du lac de Sidi Boughaba, à 8 km à l’ouest de Kénitra et à 32 km au nord de Rabat, sur une colline rocheuse sur la rive gauche de J’estuaire de la rivière Oued Sebou,
la Casbah de Mehdia surplombe un paysage merveilleux, du haut de sa splendeur, témoin intemporel d’un passé glorieux de la région du Gharb (ouest).

La Casbah de Mehdia, qui figure désormais parmi le patrimoine national en vertu du Dahir du 2 mars 1916, confère à cette région, à côté des sites archéologiques et naturels qui foisonnent ici, une position de leadership en matière de tourisme culturel. Car la région du Gharb compte, outre la Casbah de Mehdia, des sites antéislamiques (Tamusida, Banasa, Brigha .. ) des sites islamiques (El Basrah, Ouazzane .. ) des sites naturels superbes (réserve de Sidi Boughaba, lac de Merja Zarqa .. )et abrite un héritage colonial remarquable, notamment à Kénitra.
Les historiens s’accordent à dire que l’embouchure de l’Oued Sebou a vu l’arrivée des Phéniciens et les géographes situent la ville de Thymiateria, fondée par Hanoun pendant son périple, sur l’emplacement actuel de la Casbah. Mais, il faut cependant garder ses distances, car nous ne disposons pas de preuve matérielle ou de traces le confirmant.
Par ailleurs, pline dans « Histoire naturelle» a parlé de l’Oued Sebou qui coule près de Banasa, sans citer d’autres villes dans son entourage. En outre, il n’existe aucun élément prouvant l’existence de vestiges romains à cet endroit, car la civilisation romaine s’est intéressée à d’autres villes, comme Tamusida, Banasa, situées près de l’Oued Sebou, sans insister sur l’estuaire.
La Casbah, ou AI Maamora comme l’a décrite Charif Idrissi dans « Nouz’hat al mouchtaq fi khtiraq al afaq », servait, au XIIe siècle, de port abritant un chantier naval à l’époque d’Abdelmoumen Ben Ali Almoravide. Quant à Mohamed Ben Hassan Ouazzane dans «Wasf Ifriquia» il l’a décrite comme une petite ville construite à l’embouchure de l’oued Sebou, pour la protéger des attaques.

Au début du XVIe siècle, Maamora a subi les assauts des Portugais, qui l’ont baptisée «San Ioao da Mamora» mais les Marocains firent vite de la récupérer, faisant subir de lourdes pertes aux assaillants, qui ne l’occupèrent que 46 jours.
Après s’être introduits dans le port de Maamora, les Portugais n’ont pas pu atteindre leur objectif, construire une forteresse portugaise, vu la résistance farouche que leur opposèrent les combattants maro¬cains. Certes, nous ne connaissons pas encore le lieu où débutèrent les bâtiments portugais, malgré l’exis¬tence de plusieurs soubassements, que la tradition orale situe dans l’époque portugaise, qui se trouve en bas de la colline accueillant la Casbah, mais il n’en reste pas moins certain que les monuments de l’actuelle Casbah Mehdia ne comportent aucun indice de la présence portugaise.

La « république des corsaires de Maamora »

La « république des corsaires de maamora »

Après la chute des Portugais, le port de Maamora a vécu une période de déclin, jusqu’à ce que des corsaires de différentes nationalités, notamment anglaise et hollandaise, s’y installent. Au cours du XVIIe siècle, ce repaire devint la crainte de toutes les nations, puisqu’il porta même entre 1610 et 1614 le nom de « République des corsaires de Maamora » et fut dirigé par le capitaine Henry Mainwaring. Les corsaires répandirent ainsi insécurité et instabilité sur le Route de l’Inde, ce qui décida les grandes nations d’alors à prendre des mesures punitives. Les États Généraux des Pays-Bas tentèrent, parmi d’autres, une répression, en collaboration avec l’État marocain à l’époque de Moulay Zidane, et l’Espagne entreprit une grande expédition militaire pour occuper le repaire de Maamora. Entreprise qui pût aboutir le 6 août 1614. Avec l’occupation de Maamora par les Espagnols, cette région changea de dénomination, elle devint « San Miguel Ultramar » (Saint-Michel d’Outremer). Ce qui est certain, c’est que la Casbah actuelle, située en haut de la colline, appartient à l’époque des Espagnols qui la construisirent en fait, avec ses murailles actuelles et la plupart de ses édifices ont été bâtis à l’époque de Moulay Smail.
Cette occupation dura 67 ans, pendant lesquels la résistance ne s’arrêta guère, que ce soit de la part des adeptes de Layachi, fondateur de la principauté de Salé, des Mauresques de Salé ou des Dilayines. Ce ne fut qu’en 1681 que la victoire se réalisa, grâce au Sultan Alaouite, Moulay Smail, avec Omar Riffi pour chef de guerre.

Sous le règne de Moulay Smail, la Casbah se para des formes et des couleurs des casbahs Alaouites. Ses murailles furent entièrement reCOI1S¬truites et un grand nombre de monuments y furent bâtis, dont les vestiges sont toujours visibles de nos jours. Citons à titre d’exemple:
- Dar El Makhzen, le siège de la résidence militaire de Omar Riffi, qui abrite dans son pavillon Est des vestibules, des galeries, des magasins, dépôts de munitions, des geôles, des réserves d’eau et des puits;
La partie Ouest abrite quant à elle une propriété somptueuse à usage d’habitation, construite selon la méthode traditionnelle;
- La mosquée, les bains, l’école et l’hôtel, dont plusieurs salles étaient consacrées au stockage des marchandises; une place près de l’hôtel servant de petit marché pour l’échange des marchandises et biens en provenance ou à desti¬nation des différents pays qui traitaient alors avec le Maroc; Le portail Ouest est l’un des plus beaux de l’occident musulman. Il fut construit comme substitut au pont de Fès-Salé qui représentait l’entrée Est de la Casbah, il donne d’ailleurs sur le côté « terrestre» de la Casbah, contrairement au portail Ouest construit à l’époque espagnole, et qui donne sur la mer.

D’un autre côté, Moulay Smail a consacré son attention au port de Mehdia et l’a ouvert au commerce et la Casbah n’en acquit que plus d’importance. Elle vit ainsi sa population croître et ses constructions se mul¬tiplier. Seulement, cette prospérité s’arrêta lorsque Moulay Slimane annonça la fermeture du port en 1795, pour se prémunir contre les convoitises européennes, qui voulaient étendre leur domination au Maroc.
Au début du xx’ siècle, les forces françaises occupèrent la Casbah et chassèrent tous ses habitants, qui se réfugièrent dans la partie Est, près de la Casbah.
Par ailleurs, celle-ci connut les événements du débarquement des alliés américains sur les côtes africaines le 8 novembre 1942.
Après le départ des Français, la Casbah devint un lieu de visite historique racontant une histoire lointaine, après la destruction de tous ses monuments, à l’exception de sa mosquée séculaire, où l’on fait toujours les prières quotidiennes.
En se promenant dans la Casbah aujourd’hui, le visiteur rejoindra l’avis des chercheurs sur le fait que ce site fut d’une importance majeure dans le cours de l’histoire du Maroc en particulier et de l’Europe en général. La Casbah joua un rôle d’avant-garde dans la lutte contre les attaques menées contre le pays et pu procurer au Maroc une position prépondérante parmi les grandes nations dotées de pou¬voir décisionnel dans les relations internationales, maritimes notamment.
La visite vous permettra d’imaginer l’histoire de cette casbah, qui connut des périodes de prospérité et d’autres moins importantes, pendant lesquelles elle fut occupée et peuplée, puis délaissée et abandonnée. Le visiteur notera que, aujourd’hui, la Casbah Mehdia, qui est toujours une citadelle inaccessible, et malgré le vide dont elle souffre, continue de nous charmer par ses monuments historiques et par l’entourage éclatant sur lequel elle donne; les charmantes plages de Mehdia qui font la joie des estivants pendant l’été et le plaisir des pêcheurs tout au long de l’année; le lac de Sidi Boughaba; la forêt protégée où viennent se reposer les oiseaux migrateurs sur leur route entre le nord et le sud .